15 mai 2008
Protection des sources des journalistes : l'entourloupe de la loi Dati
La loi Dati sur la protection des sources des journalistes, en discussion aujourd'hui même à l'Assemblée nationale, est censée garantir qu'un journaliste ne pourra être contraint de livrer l'identité de son informateur. Bravo ! Sauf que le texte prévoit des exceptions à la règle si vagues qu'il organise au contraire la violation du secret des sources ! Ce faisant, Calamity Dati l'hypocrite menace directement la liberté de l'information.
Article premier : "Il ne peut être porté atteinte (au principe du secret des sources) que lorsqu’un intérêt impérieux l’impose". Qu'est-ce donc que cet "intérêt impérieux"
? Par exemple un "crime grave". Le journaliste du Canard enchaîné, Louis-Marie Horeau, réagit en interrogeant son intervieweur de France Info : "Est-ce que vous pouvez me donner un exemple de crime pas grave ? (...) En réalité, tout cela est absolument ridicule, parce que quand est-ce que les journalistes ont besoin de la protection des sources ? C'est pas quand ils vont à la pêche à la grenouille ! Bien entendu, c'est dans les affaires graves. Donc on va les protéger très fermement, d'une façon extrêmement précise, mais quand on n'en a pas besoin. Et quand on en a besoin, on va nous dire "ah, ben on est dans les cas d'exceptions". S'il n'y a pas de protection des sources, les sources se tarissent, et donc il n'y a pas d'information. Je vais vous donner un exemple : lorsque plusieurs personnes ont décidé de donner au Canard enchaîné et à L'Express des documents qui prouvaient que des lots de sang contaminé avaient été distribués alors que les dirigeants du Centre de transfusion sanguine savaient qu'ils étaient contaminés, uniquement pour des raisons économiques, ces personnes-là, si elles avaient eu le moindre doute sur la protection de leur anonymat, il n'y aurait pas eu d'affaire du sang contaminé. Est-ce que c'est ça qu'on veut ? Est-ce qu'on veut que les citoyens restent ad vitam æternam dans l'ignorance de ce qui s'est passé ?" Poser la question revient à y répondre.
Mise à jour : le texte est passé (la gauche a voté contre) et la formule retenue pour permettre le viol du secret des sources est un "impératif prépondérant d'intérêt public", soit en cas de crime ou délit grave et si cela est absolument nécessaire à l'enquête. Autant dire que la protection annoncée est une coquille vide, celle-ci pouvant être levée de façon totalement arbitraire. Seule consolation : les manquements français à cette règle, pierre angulaire de la liberté de la presse, seront sanctionnés par la Cour européenne des droits de l'Homme, puisque le droit communautaire est supérieur à la loi nationale.
22 avril 2008
Un blog anti-Sarko censuré ?
Depuis samedi, plus aucun nouveau message n'a été posté sur le blog Torapamavoa,"fournisseur officiel de contenu anti-Sarkozy". Lorsque ses auteurs tentent d'ajouter un nouvel élément s'affiche le message suivant : "Ce blog a été verrouillé en raison d’une possible violation des
Conditions d'utilisation de Blogger. Vous ne pouvez pas publier de
nouveau message tant que ce blog n’a pas été examiné et déverrouillé. Ce blog sera supprimé dans 20 jours à moins que vous ne demandiez une vérification." Malgré des mails répétés de demandes d'explication à Blogger,
la plate-forme d'hébergement de Google, aucune réponse n'est parvenue aux administrateurs du blog.
Dans les contenus récemment ajoutés, rien d'illégal ni de plus "outrageant" que les sujets habituellement traités par ce site résolument satirique. Devant l'absence de réaction de Blogger/Google face aux appels au secours des "torapamavoyens", comme ils se nomment, ces derniers invitent les internautes à protester à l'adresse mail suivante : adsense-support@google.com ou support@google.com.
Ne laissons pas fermer sans aucune explication un site classé 90ème blog politique français (par Wikio) et qui reçoit en moyenne, au bout d'un an d'existence, quelque 105 660 visiteurs par mois ! Censure politique ou incompétence des services techniques ? Quoi qu'il en soit, exigeons la réouverture de Torapamavoa.
Mise à jour : dans l'attente de précisions éventuelles, une bonne nouvelle : le site est à nouveau accessible à ses auteurs !
01 avril 2008
Le Président et les sarkozettes
L’idée vient de l’animateur Karl Zéro : "Je
regardais une rediffusion du Bachelor sur une chaîne de la TNT,
raconte-t-il. Il y avait tout un bataillon de filles énamourées, plus
tartignolles les unes que les autres, et puis le Bachelor qui se
rengorgeait, frimeur et fier de lui, se pavanant au milieu de son
troupeau de dindes. Tout à coup, j’ai eu comme une révélation :
pourquoi ne pas imaginer une version politique du Bachelor, dans
laquelle le Président de la République récompenserait les efforts des
femmes politiques se disputant ses faveurs ?"
L’ancien
présentateur du Vrai journal sur Canal + propose à la chaîne cryptée ce
nouveau concept télévisuel, le "politicomique", et la direction réserve
tout d’abord sa réponse. "C’était délicat, on ne savait pas comment
la série serait prise en haut lieu, rapporte Michel Denisot,
directeur général adjoint du Groupe Canal +.
Signe de
l’ambition du projet, la réalisation en est confiée au célèbre cinéaste
serbe Emir Kusturica, double palme d’or au festival de Cannes. "J’ai
toujours pensé que Sarkozy était un personnage de fiction, avec un
potentiel comique énorme, s’emballe-t-il. J’ai à peine forcé le trait
pour filmer ce que je qualifierais de joyeuse bouffonnerie, rythmée par
des chants et danses folkloriques hongrois, en hommage aux origines
présidentielles". Pour incarner Sarkozy, les producteurs ont immédiatement pensé au comédien Benoît Poelvorde. "Quand on l’a vu jouer Claude François dans Podium, on a tout de suite su qu’il était l’acteur évident pour le Président",
se souvient Denisot. Le comédien est entré dans la peau du personnage
avec aisance, travaillant particulièrement mimiques et autre tics
nerveux : "j’avais déjà joué un psychopathe dans C’est arrivé près de chez vous
Tous les autres
personnages, grâce aux prouesses des effets spéciaux à base de
morphing, portent le visage des sarkozettes elles-mêmes : on s’y
croirait ! La parodie tourne en ridicule les travers de la télé-réalité
et moque gentiment le monarque républicain et sa cour. L’un de ses
grands moments est l’épreuve du karaoké. Rivalisent Rachida Dati et sa
version hardcore des Portes du pénitencier, Laurence Parisot, patronne
du Medef très convaincante dans Le blues du businessman, Christine
Lagarde, ébouriffante en Rockeuse de diamants ou encore Fadela Amara,
dans la bande originale de Ma cité va craquer, en duo avec Michèle
Alliot-Marie. Roselyne Bachelot, qui hésitait à chanter au Président La
vie en rose ou Que je t’aime, ne put hélas participer, déjà éliminée
par l’épreuve du défilé en maillot de bain (en compagnie de Christine
Boutin). Eliminée aussi cette étrange candidate rousse se présentant
sous le nom de Laure Tefeux : il s’agissait en réalité du ministre de
l’Immigration avec une perruque ! Finalement, tout est bien qui finit
bien, c’est Carla Bruni qui remporte toutes les épreuves. "C’était la seule exigence du Président",
se justifie Denisot, qui oublie qu’il a aussi catégoriquement refusé
toute participation de Cécilia, prévue au départ pour intervenir par
échange de SMS.
PS : vous avez brièvement pu me retrouver sur Critica.fr. D'autres nouvelles très bientôt.
31 janvier 2008
Nouvelle censure sarkoziste à la télé
Imaginez une émission de télé en direct sur le thème "Sarkozy et les femmes", réunissant en un débat les auteurs ou co-auteurs des Dames du Président (Jean-François Probst, ancien conseiller de Jacques Chirac), de Cécilia, la face cachée de l'ex-première dame (Laurent Léger) et de Rupture (Mickaël Darmon), plateau entre autres complété par la présence de l'ancienne ministre Corinne Lepage (Cap 21, Modem) et de Jacques Séguéla, le célèbre fils de pub au domicile duquel, à l'occasion d'un dîner, se sont rencontrés Nicolas Sarkozy et Carla Bruni. Entre gens si bien informés, l'affiche était des plus prometteuses. C'est celle que la chaîne Direct 8 avait eu la bonne idée de réunir pour le numéro du 25 janvier dernier de l'émission 88 minutes. Las, à la place du programme annoncé, on eut le droit à la diffusion d'un film. L'explication est donnée par Bakchich Info, dont l'un des invités prévus au débat, Laurent Léger, est collaborateur : "Fait rarissime en télévision, au dernier moment, les invités sont
décommandés. Dans l’après-midi, ceux qui devaient révéler des anecdotes
sur les femmes entourant notre président, reçoivent un coup de
téléphone embarrassé des journalistes de la chaîne". Quel est donc le motif invoqué ? "Raisons techniques" ! Pardon ? Le quotidien 20 minutes a voulu en savoir plus et interrogé Christian Studer, directeur de l'antenne de Direct 8. Celui-ci invoque "une panne sur le mélangeur de la régie de diffusion numéro 1" et explique : "Dans un
premier temps, le directeur technique a cru qu’il pourrait réparer,
mais vers 16 h30, après avoir essayé en vain de récupérer le mélangeur
de la régie de production 2 pour réparer, il m’a prévenu que ce serait
impossible. Sur ces conseils, et voyant que 88 Minutes était le
seul direct de la soirée, on a décidé de ne pas prendre de risque et
d’annuler l’émission". Raphaëlle Baillot, la journaliste de 20 minutes, n'est pas décidée à avaler cette version et rétorque : "Mais il y un problème de timing
dans votre version, puisque nous savons avec certitude que : 1/ les présentateurs
de 88 minutes ont été prévenus
en début d’après-midi, et que 2/ l’émission Dieu Merci d’Hadrien Lecoeur
est bien passée en direct à 15h30 sur le même plateau et avec les mêmes
équipes. D’un coup, plus de problème technique ?
beaucoup plus
compliqué de faire venir des réparateurs comme ça, de nuit." Tout cela est évidemment invraisemblable. Studer conclut même : "Je vous donne notre version des faits, libre à vous de ne pas la croire." Tu l'as dit !
Mais pourquoi alors l'émission a-t-elle été déprogrammée ? C'est tout simple : la chaîne Direct 8 appartient à Vincent Bolloré, ci-devant voyagiste privé des vacances présidentielles (yacht et jet à disposition gratuite)... Et ça grogne sévèrement du côté des journalistes de sa rédaction : "Rébellion sourde à Direct 8 : pour les journalistes, d’habitude peu enclins à la confidence, il y aura «un avant et un après 25 janvier». Une trentaine de membres de la rédaction, réunis mercredi à 13 h, ont réfléchi à la création d’une société des rédacteurs. Journalistes et syndicats de la chaîne, joints par 20 Minutes, racontent tous la même histoire, celle d’un coup de ciseau grossier et maladroit. Pour eux, l’émission 88 minutes a été trappée vendredi dernier sur ordre de Vincent Bolloré, propriétaire de la chaîne", écrit encore Raphaëlle Baillot. Voilà clairement illustré le danger pour une information libre que représente la présence d'amis personnels du chef de l'Etat à la tête des principaux médias. Il y a bien sûr au premier rang Arnaud Lagardère, sa radio Europe 1* et ses journaux Paris Match, Choc, Elle, Marie-Claire, Entrevue, Public, Corse-Matin, Nice-Matin, Var-Matin, La Provence, le Journal du dimanche ou encore Télé 7 jours, liste non exhaustive. Il y a Serge Dassault et son Figaro ainsi que Martin Bouygues et sa TF1. Et Bolloré, donc, avec les quotidiens gratuits Direct Matin et Direct Soir et la chaîne Direct 8 (sans compter l'institut de sondages CSA). Le même Bolloré qui est candidat au rachat de la branche française de l'agence Associated Press : au secours!
* Signalons que la radio de Lagardère, deux années de suite, a fait des misères au gouvernement en mettant à jour la manipulation des chiffres de véhicules incendiés pour la Saint-Sylvestre.
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17 janvier 2008
CSA : conseil supérieur de l'arbitraire
Alors que le chef de l'Etat s'implique personnellement dans
la campagne pour les municipales et totalise avec ses partisans jusqu'à
70% du temps de parole à la télévision, le CSA refuse toujours de
comptabiliser ses interventions. Une entreprise de propagande sans
précédent dans la République française.
Michel Boyon, Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, a osé affirmer que le président de la République "était un acteur institutionnel qui ne relevait pas du débat partisan".
Par conséquent, il refuse que son temps de parole dans les médias soit
comptabilisé, comme le lui demandait à nouveau hier François Hollande,
Premier secrétaire du PS. Aujourd'hui en effet, l'opposition
parlementaire dispose d'un tiers, un autre tiers étant dévolu à la
majorité et le dernier tiers au gouvernement. Ce qui fait déjà deux
tiers pour la droite ! Mais en plus de ça, Sarkozy peut se répandre
dans les médias tout son soûl sans que ça ne compte ? L'argumentation
de Hollande est ainsi on ne peut plus irréfutable : "Comment accepter que le chef de campagne de l'UMP puisse intervenir à
tout moment à la télévision, et sans ouvrir droit à la réponse du PS ?"
Chef de campagne de l'UMP ou Président en dehors du débat partisan ? La
réponse coule de source si l'on se base sur un simple fait : Sarkozy
s'est rendu en personne devant le Conseil national de l'UMP lançant la
campagne des municipales ! Du jamais vu. Il en convient du reste
lui-même : "On me dit, et c’est une première rupture que je souhaite, qu’un
Président de la République ne va pas parler devant les militants du
parti où il a milité toute sa vie politique durant."
Forcément, sinon comment préserver la fiction d'un Président au-dessus
des partis ? On a donc à la fois un CSA qui justifie ainsi son
immobilisme : "les temps de parole du Président de la République n'ont jamais été
pris en compte pour l'application des règles relatives au respect du
pluralisme",
et un Sarkozy qui explique clairement qu'il change la pratique
présidentielle ! Ce qui impose de modifier en conséquence la règle,
c'est évident : la thèse du Président en dehors des partis ne tient
plus lorsqu'il s'en va lancer la campagne des municipales pour le
compte d'un parti, justement. La malhonnêteté intellectuelle de Boyon
confine donc au foutage de gueule intégral. Mais pouvait-on attendre
autre chose de la part de l'ancien directeur de cabinet du Premier
ministre UMP Raffarin ? Comment dès lors ne pas conclure avec Hollande
que le CSA est "le conseil supérieur de l'arbitraire" ?
Face à cette situation scandaleuse, un autre socialiste, Laurent Fabius, réagit en créant une "pétition populaire pour l'égalité audiovisuelle". Quoi que l'on pense de la personnalité de l'ancien Premier ministre, la cause est juste : "Les
médias audiovisuels ont pris une place décisive dans l’équilibre de
notre démocratie. Actuellement, cet équilibre est bafoué puisque le
temps de parole considérable du Président de la République et de ses
conseillers dans les médias n’est pas comptabilisé. Il n’est légalement
pas prévu pour les forces démocratiques de lui répondre d’une façon
égale. C’est d’autant plus inquiétant qu’une partie des médias
audiovisuels et de presse écrite est la propriété de groupes
industriels et financiers proches du pouvoir". Et quand on parle de "temps de parole considérable", c'est un euphémisme ! Acrimed, s'appuyant sur les chiffres officiels publiés par le CSA, relève ainsi l'Omniprésence chiffrée du clan Sarkozy, suivant l'exemple des mois de juillet et août derniers : "les
téléspectateurs ont donc eu droit, en tout, à 31 heures et 46 minutes
de parole présidentielle (et très certainement beaucoup plus en images
et en commentaires journalistiques). Si l’on y ajoute les 1 heure et 14
minutes de ses collaborateurs (Henri Guaino, David Martinon...), les
médias télévisuels ont octroyé au discours élyséen 22% du temps politique total." Rupture là encore, puisque les prédécesseurs de Sarkozy étaient loin d'une telle présence télévisuelle : "si le CSA garde jalousement les données les plus essentielles (celles
qui, concernant les journaux télévisés, permettraient de réaliser des
comparaisons quantitatives entre Présidents), il a néanmoins publié les
temps de parole du chef de l’Etat «toutes émissions confondues» entre
1989 et 2005. Ceux-ci révèlent que, sur la totalité des périodes hors
actualité électorale et sur les trois premières chaînes, les présidents
François Mitterrand et Jacques Chirac arrivaient en moyenne à 7% du
temps de parole politique total", expose Acrimed. Faites le calcul : Sarkozy squatte les écrans trois fois plus ! "C’est pourquoi nous exigeons, conclut la pétition fabiusienne, qu’une
disposition constitutionnelle soit adoptée, qui impose désormais le
respect d’une vraie règle des trois tiers pour les temps de parole
audiovisuels : un tiers pour le Président de la République, ses
collaborateurs et le gouvernement, un tiers pour la majorité, un tiers
pour les forces d’opposition. Seule cette règle sera de nature à
freiner la saturation et la propagande actuelles, et à amener un
meilleur équilibre indispensable à notre démocratie".
Oui, aujourd'hui, la télé "dégouline de sarkozisme",
suivant la formule de Fabius : pour reprendre les derniers chiffres
disponibles, qui concernent donc juillet et août, les partisans de
Berluscozy, à savoir lui-même, le gouvernement, les membres de l'UMP et
ceux du Nouveau centre, totalisent ensemble 69,9% du temps de parole !
Lorsque s'exprime un politique sur nos écrans, c'est donc ainsi 7 fois
sur 10 pour répandre la propagande du pouvoir. "La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures", écrit Noam Chomsky. Cette analyse du linguiste américain ne pourrait mieux coller à la réalité de "la France d'après".
08 janvier 2008
"Ces fromages qu'on assassine" : France 3 censure le documentaire contre Lactalis
En diffusant le 26 décembre dernier Ces fromages qu'on assassine !, France 3 peut sembler avoir défié l'un de ses gros annonceurs, le géant Lactalis (numéro deux mondial de l'industrie laitière, 9 milliards d'euros de chiffre d'affaires prévu en 2007), malmené par ce documentaire. Est dénoncée en effet la stratégie des grands groupes agro-alimentaires qui uniformisent en l'aseptisant le goût des fromages, par une fabrication industrielle bannissant de plus en plus le lait cru, sous de fallacieux prétextes sanitaires. Ce que le programme présenté expose sans langue de bois : "Il s’agit en effet d’une véritable mise à mort. D’un côté, les firmes
mondialisées qui, sous de fausses raisons sanitaires, veulent tuer les
fromages au lait cru au profit des fromages standardisés, microfiltrés,
pasteurisés, aromatisés... De l’autre, les petits producteurs de
fromages authentiques. Ils représentent moins de 10% du marché. Un
combat difficile : plus de 50 fromages français ont disparu ces dix
dernières années", écrit en effet le site de France 3 dans sa page de présentation du documentaire. Sans langue de bois, mais en consentant tout de même à biper le nom de Lactalis, ce qui est déjà inacceptable : au nom de quoi le téléspectateur ne peut-il pas savoir que c'est de ce groupe que l'on parle ? Cette concession n'a pourtant pas suffi à apaiser la fureur de l'industriel. Il faut convenir que, même sans que son nom ne soit audible, le propriétaire des marques Président, Bridel, Lepetit, Lanquetot, Société,
Galbani (leader italien de la mozzarella), Chaussée aux Moines, Salakis, Rouy, Le
Roitelet ou Lou Perac est aisément reconnaissable. Ses dirigeants ne s'y sont donc pas trompés. "Vous allez entendre parler de moi !", s'est ainsi emporté le chargé de communication de Lactalis à la sortie de la projection de presse, comme le rapportait ce matin Benoît Collombat, grand reporter à France Inter, dans le journal de 8h.
Un pas en avant, un pas en arrière...
"J'étais très en colère alors j'ai tenu des propos un peu excessifs, reconnaît ce dernier.
J'ai dit : "Il y en a marre, il n'y a pas de raison de payer des gens qui
nous crachent à la figure." Mais il ajoute s'être "calmé le lendemain" et nie avoir exercé de pression sur la chaîne. Tant mieux : on imagine l'intérêt économique mis en jeu par l'éventuelle perte des recettes publicitaires provenant d'un si gros annonceur ! Lactalis n'a donc pas fait pression, puisque son dir'com l'affirme (sic). Mais pourquoi alors France 3 a-t-elle cru bon de déprogrammer une émission prévue pour le 15 décembre, On peut toujours s'entendre, avec comme thème du jour La guerre du camembert ? C'est Le Point qui l'écrit : "Au cours de ce programme devait être évoquée la menace que le lait "thermisé" fait peser sur le lait cru. Échaudé par la prochaine diffusion d'un documentaire intitulé Ces fromages qu'on assassine !
prévu en prime time le 26 décembre, Lactalis, premier groupe fromager
européen, avait déjà menacé France 3 de suspendre ses achats d'espaces
publicitaires. En annulant la diffusion de l'émission du 15 décembre,
la chaîne a donc jugé opportun de ne pas jeter de lait sur le feu." Précisons que la diffusion du documentaire ne pouvait plus être annulée, elle, la projection de presse ayant rassemblé plus de 200 personnes ! Coup de théâtre pourtant le 15 décembre : La guerre du camembert est bien programmée sur France 3. L'information du Point était-elle donc erronée ? Pas du tout, répond Aurélie Windels, qui a mené l'enquête pour Arrêt sur Images : "L'info était exacte quand elle est parue, comme le confirme à @si (Arrêt sur Images, Ndr) une
source proche du dossier: "bien sûr que l'émission a été déprogrammée !
Mais c'est France 3 et sa régie publicitaire, qui ont paniqué et ont
pris cette décision seuls. Quand Patrice Duhamel (directeur général de
France Télévisions, Ndr) a été mis au courant, il a immédiatement exigé
qu'elle soit reprogrammée. Il craignait davantage la polémique, que la
pression de Lactalis." Allons bon. Reste que l'essentiel est que l'émission ait bien été diffusée, qui dévoilait le fait que Lactalis intrigue discrètement pour supprimer l'exigence de la fabrication au lait cru pour l'obtention de l'Appellation d'origine contrôlée. Et un deuxième coup fut donc porté à Lactalis le 26 décembre par Ces fromages qu'on assassine ! Sauf que Périco Légasse, le journaliste gastronomique de Marianne qui fait office de guide tout au long du documentaire, s'insurgeait ce matin sur France Inter que des coupes avaient été opérées dans le programme, sans qu'il en ait été prévenu !
...c'est le tango de France 3 !
"Toutes les allusions à la dangerosité potentielle du fromage au lait pasteurisé ont été coupées, proteste ainsi Périco Légasse, à droite sur la photo ci-contre. Une des phrases du film qui a été coupée, du fromager Alain Dubois, cet homme disait bien : "dans 66% des cas, ce sont des fromages au lait pasteurisé qui ont été inquiétés par des problèmes de listériose et pas des fromages au lait cru !" Ça gêne Lactalis, parce que Lactalis, pour produire du fromage industriel, a été obligé de jeter l'anathème sur le lait cru, en inventant la dangerosité du lait cru, de façon à pouvoir faire du lait thermisé, c'est-à-dire chauffé presque à 70°, ou du lait pasteurisé. On jette l'opprobre sur le lait cru et on explique que le lait pasteurisé est le seul qui est bon, pour la simple raison que la grande distribution veut des fromages qui tiennent longtemps sur le rayon réfrigéré." Un fromage au lait cru tient en effet 10 jours, au lieu d'un mois pour un pasteurisé. Contactée au sujet de ces coupes sauvages par Benoît Collombat pour France Inter, l'unité documentaire de France 3 "se réfugie derrière les recommandations de son service juridique, qui souhaitait à tout prix éviter un référé". Dans la mesure où les phrases supprimées n'étaient pas diffamatoires, la raison avancée est évidemment fausse. Conclusion perfide de Collombat : "Lactalis pèse 25 millions d'euros annuels en publicité pour le groupe France Télévisions". Ajoutons que, d'après Miscellanees.net - blog prolixe pub, marketing & conso, high tech, innovations, outre cette histoire de lait cru, "Lactalis n'aurait
pas supporté que le doc montre comment deux personnes ... et des robots se
chargent du "moulage à la louche" de 250 000 camemberts par jour". Que peut le consommateur face à de tels agissements ? Le boycott bien sûr ! Et concernant enfin France 3, notons que si la chaîne aime les fromages, elle les préfère... à la coupe !
18 décembre 2007
Affaire Dasquié : la liberté de la presse en danger
Cri d'alarme de l'avocat Emmanuel Pierrat, spécialisé dans le droit de la presse et de l’édition, qui a accordé une interview au Contre journal de Libération. Il est question de l'affaire Dasquié, du nom de ce journaliste placé 40 heures en garde à vue, pour avoir publié dans Le Monde* des extraits d’un rapport classé confidentiel-défense, et finalement forcé de livrer l'une de ses sources à la DST. Maître Pierrat observe que, de plus en plus souvent, les témoins "préfèrent
confier leurs informations à un organe de presse plutôt qu’à un juge
d'instruction susceptible d'enterrer la chose en moins de deux minutes". Et l’article 109 du code de procédure pénale, sur le secret des sources? "Protection apparente", tranche le juriste dont le diagnostic est implacable : "Des actes comme
ceux dont a été victime le journaliste Guillaume Dasquié prouvent que les
juges ne sont plus véritablement indépendants. Le pouvoir a décidé de faire voler en
éclat la séparation des pouvoirs".
Louis-Marie Horeau, journaliste au Canard enchaîné, dont les locaux ont été perquisitionnés il y a quelques mois à peine, se partage lui aussi entre indignation et inquiétude : "En quoi la publication de tels documents met-elle en
danger la patrie ? Poser la question, c’est y répondre, et le
traitement infligé au confrère apparaît plutôt
comme une entreprise
d’intimidation à l’égard des journalistes qui auraient l’idée saugrenue
d’enquêter, et surtout à l’égard des mauvais citoyens qui auraient
l’imprudence de les y aider. (...) Il est à craindre que l’opinion ne s’habitue. Pis,
qu’elle ne se lasse des cris, communiqués et protestations devenus
rituels. Et que les policiers et magistrats ne s’en trouvent confortés
dans leurs démangeaisons d’en découdre avec la presse trop curieuse." Pourtant, la jurisprudence de la Cour européenne n'indique-t-elle pas que "le secret des sources est la pierre angulaire de la liberté de la presse" ? "Le droit européen vient, à nouveau, d’être violé, à Paris, par des officiers de police judiciaire et des magistrats français, soupire Horeau. Mais qu’on se rassure, il n’y a, pour cette sorte de délinquant, ni charge de CRS, ni garde à vue, ni peine plancher".
* "11 septembre 2001 : les Français en savaient long", 17 avril 2007
05 décembre 2007
Laurent Wauquiez, porte-mensonge du gouvernement
Entendu hier soir dans T'empêches tout le monde de dormir, sur M6, le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez, prétendre à propos du "paquet fiscal" que seuls 800 millions d'euros étaient destinés aux privilégiés, pour les faire rentrer en France, tout le reste allant aux "ménages les plus modestes" ! Il a cité les mesures d'exonérations des successions "modestes" et celles en faveur de l'accession à la propriété des ménages "modestes". On s'est pincé que personne sur le plateau ne lui apporte la contradiction. On ne peut reprocher aux comédiens présents, même engagés (Josiane Balasko, Bruno Solo) de ne pas maîtriser tous les dossiers : ce n'est pas leur métier. Mais Marc-Olivier Fogiel ? N'est-il pas détenteur d'une carte de journaliste ? Or Wauquiez, sous ses dehors de jeune homme bien mis et sympathique, s'est livré à une désinformation décomplexée. Rien que le bouclier fiscal a déjà coûté 129 millions d'euros en 9 mois, remboursés à 3487 contribuables parmi les plus aisés (37 000 euros chacun en moyenne). Ensuite les successions modestes étaient déjà exonérées de droits et les dispositions gouvernementales ne les concernent qu'à partir d'un patrimoine de 600 000 euros : est-ce vraiment là ce qu'on appelle "modeste" ? Ajoutons que, dans la vraie vie, les "ménages modestes" n'ont tout simplement pas les moyens d'accéder à la propriété : à quoi bon leur proposer de défiscaliser leurs intérêts d'emprunts s'ils n'ont pas les revenus suffisants pour emprunter ? En réalité, ce gouvernement a pris une mesure qui "va profiter à ceux qui ont la
capacité d’emprunt la plus élevée, c’est-à-dire ceux qui achètent les
biens les plus chers, aux revenus les plus hauts", comme le résume l'Observatoire des inégalités.
Au final, si l'on met de côté les exonérations concernant les heures supplémentaires (6 milliards d'euros), il reste dans ce paquet fiscal au moins 8 milliards effectivement destinés aux privilégiés. De 800 millions à 8 milliards : plus c'est énorme et mieux ça passe ! Le sarkozisme a bien érigé le mensonge en système et Wauquiez en est un digne représentant. Qui peut aller en toute impunité répandre sa propagande irréelle à la télévision. Insupportable !
02 novembre 2007
Sarkozy, agent des Etats-Unis ?
La blogosphère commence à frémir depuis que le Réseau Voltaire (RV) a publié, le 29 octobre, une Actu titrée Karen Hugues reconnaît que Nicolas Sarkozy a été formé par le Département d'Etat US. Certains n'hésitent pas à barrer la Une de leur blog d'un retentissant Nicolas Sarkozy est un agent au service d'une puissance étrangère, se contentant de reprendre le texte diffusé par les amis de Thierry Meyssan : "Évoquant les résultats des programmes d’influence des
États-unis, lors d’une cérémonie officielle le 25 octobre 2007, Karen
Hugues, sous-secrétaire d’État chargée de la Diplomatie publique
[propagande] et des Affaires publiques [relations publiques], a
déclaré : «Plus de 130 participants [à nos programmes depuis 1945]
sont devenus les leaders de leurs pays, y compris l’actuel Premier
ministre de Grande-Bretagne [Gordon Brown], le président de France
[Nicolas Sarkozy] et le président de Turquie [Abdullah Gül]». Si la biographie de M. Brown est connue, c’est la
première fois qu’un officiel états-unien reconnaît que MM. Sarkozy et
Gül ont été formés par le département d’État, ce que les intéressés ont
toujours cherché à masquer."
Première remarque, mineure mais signifiante : RV utilise en titre le mot "reconnaît", comme synonyme d' "admet", voire d' "avoue". Karen Hugues a-t-elle dû confesser, pressée par les questions gênantes d'une meute de journalistes, que oui, effectivement, Sarkozy (et Gül) avaient participé à ce que RV appelle des "programmes d'influence des Etats-Unis" ? Pas du tout, elle s'en vante ! Mais comment donc ? N'est-ce pas proprement scandaleux, la sous-secrétaire d'Etat n'aurait-elle pas dû garder le secret ? Mais de quoi parle-t-on en réalité, que désignent ces mystérieux "programmes d'influence" ? Nous n'avons pas trouvé de trace de la "cérémonie officielle" du 25 octobre, mais un texte diffusé le 1er de ce même mois, à l'occasion d'une communication adressée à l'université de Budapest : "L'une de mes grandes priorité depuis deux ans que j'assume mes fonctions a été d'augmenter les programmes d'éducation et d'échanges à travers le monde. (...) Plus de 130 leaders mondiaux ont participé à nos programmes, incluant le nouveau Premier ministre anglais, le nouveau Président de France et le nouvellement élu Président de Turquie." Hugues l'avait donc déjà dit 25 jours avant l'article fracassant du RV. Pire, Elle s'en était également félicitée dans une discussion en ligne sur le site de la Maison blanche en date du 24 août : "Nous avons augmenté la participation à nos programmes d'éducation et d'échanges de 27 000 participants en 2004 à presque 40 000 aujourd'hui. Ces programmes incluent des échanges académiques bien connus comme le programme Fulbright, qui est à son niveau historique aussi bien pour les étudiants américains qui font leurs études à l'étranger que les étrangers qui viennent ici. (...) L'année dernière, nous avons délivré un nombre record - 591 000 - de visas d'étudiants. (...) Nous avons établi à travers des évaluations que, quand les gens viennent en Amérique pour étudier ou visiter, ils repartent avec une vue beaucoup plus positive de notre pays - une vue qui dure toute la vie. Des leaders du monde incluant le nouveau Premier ministre d'Angleterre, Gordon Brown, et le nouveau Président de France, Nicholas Sarkozy (faute d'orthographe sur le prénom d'origine) ont participé à nos programmes d'échange".
"C’est la première fois qu’un officiel états-unien reconnaît que MM. Sarkozy et Gül ont été formés par le département d’État", écrit RV. Il était temps que ses fins limiers se réveillent, c'est au moins la troisième fois ! La sous-secrétaire d'Etat - démissionnaire depuis mercredi dernier, sans aucun rapport avec la présente affaire - n'a fait qu'exprimer une énième fois sa satisfaction que des grands dirigeants du monde aient participé à des échanges éducatifs et culturels avec les Etats-Unis. Version beaucoup plus anodine que le "scoop" que prétend détenir le RV, habilement présenté (sans le dire explicitement) comme la preuve enfin révélée que Sarkozy (et Gül) seraient des agents de la CIA ! Et même le site Bellaciao a relayé sans commentaire ni distance le texte manipulateur du RV, tout en pointant comme source le tchat de la Maison blanche d'il y a 2 mois et non la "cérémonie officielle" du 25 octobre. Alors il s'agirait d'être un peu sérieux. Que Sarkozy soit un ami des Américains, chacun le sait puisqu'il le proclame lui-même. Nous ignorions par contre que son CV mentionnât des études aux Etats-Unis. Puisque Karen Hugues le cite, on peut donc se demander à quel genre de programme d'échange éducatif ou culturel a participé le Président français. C'est là-dessus qu'on peut enquêter. Au lieu de livrer en pâture au lecteur, sans aucun début de précision, l'existence d'une mystérieuse formation administrée par le Département d'Etat à notre Président, dans le plus pur style conspirationniste.
PS : la drôlatique photo de Sarkozy debout sur une petite valise (mise à jour : qui est en réalité un trucage) figure sur les blogs Ça grince et Vive le feu!
Mise à jour : Rue89 publie un article sur ce sujet en date du 3 novembre. "A la base de cette accusation, un voyage d'étude aux Etats-Unis
effectué par Nicolas Sarkozy dans les années 80 alors qu'il était maire
de Neuilly, à l'invitation du département d'Etat dans le cadre de son
Programme d'invitation de personnalités étrangères. Des centaines de personnes participent chaque année à de tels
voyages aux Etats-Unis, qui se constituent ainsi un réseau d'influence
dans le monde - mais rien à voir avec la "formation d'agents" (il y a
certainement d'autres filières pour ça...). La France a d'ailleurs créé elle aussi, sur le même modèle, un tel
programme d'invitation de "personnalités d'avenir" (120 "jeunes
représentants des futures élites" d'une quarantaine de pays invités en
2007) ou de journalistes étrangers (150 prévus en 2007 selon le budget
du Quai d'Orsay), jugeant le système efficace pour cultiver de
"nouveaux amis"... (...) De fait, Nicolas Sarkozy a participé - en compagnie de Brice Hortefeux,
l'actuel ministre de l'immigration et de l'identité nationale- à un
voyage d'étude sur le "marketing politique et le financement des
campagnes" (c'est en soit fort intéressant), qui l'a conduit à
Washington, New York, San Francisco et Oakland. (...) Ce serait totalement abusif de parler de ces voyages comme d'une
"formation", et passer trois semaines aux Etats-Unis invité par le
Département d'Etat ne suffit pas à faire un agent américain - pas plus
que les invités du gouvernement français, comme des avocats chinois
défenseurs des droits de l'homme récemment rencontrés à Paris dans le
cadre des invitations du Quai d'Orsay, ne sont devenus des "agents
français".
21 septembre 2007
L'AFP aux ordres du gouvernement
L'information nous vient d'Arrêt sur Images, ex émission de télé de décryptage et critique des médias, désormais bannie du petit écran et réfugiée sur Internet : le 14 septembre dernier, le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, était invité de RMC-Info. Interrogé sur la possibilité de créer une filière commune au bac, il répond qu'il s’agit «d’une question qu’on peut débattre, c’est certainement
une orientation vers laquelle il faut aller, qui mérite d’être retenue». L'AFP en tire alors une dépêche, titrée Darcos se lance dans une réforme du bac général. Or le ministre avait promis de ne pas annoncer de réforme sans concertation ni avant 2008 ! Les syndicats sont donc furieux : «On parle de réformer le collège unique et on voudrait faire un bac unique ? J’ai du mal à voir la cohérence du projet derrière», persifle ainsi par exemple Floréale Mangin, présidente de l’Union nationale lycéenne (UNL). Et Roland Hubert, secrétaire général du Snes-FSU (majoritaire), tempête : «Il nous a dit mardi dernier qu’il ne ferait pas de "déclarations qui
engagent" avant 2008, on ne peut pas concevoir le dialogue social comme
ça !»
La rédaction en chef cède devant l'injonction ministérielle
Le cabinet de Darcos est en ébullition : pour éteindre le feu, il faut faire disparaître l'annonce compromettante... Comment ? Facile, il suffit de demander à l'AFP de changer le titre de sa dépêche ! L’intersyndicale de l’AFP (SNJ, SNJ-CGT, FO, CFDT, Sud) raconte : «A publication, le directeur de cabinet du ministre a
appelé Jean-François Vignolle, directeur-général de l’AFP qui n’est pas
concerné par les questions rédactionnelles, pour lui demander de
modifier le titre de la dépêche. Message transmis à la rédaction en
chef France qui, après lecture de la dépêche incriminée, estime cette
requête infondée, contacte l’auteure de la dépêche, puis compte tenu de
l’insistance du ministère, renvoie plus haut dans la hiérarchie. On attendrait de cette dernière qu’elle propose au ministère d’envoyer un démenti ou une mise au point. Mais non et peu avant 22H00, le papier réapparaît, de
l’origine de la rédaction en chef, avec la mention CORRECTION et pour
seule explication "revoici avec titre corrigé", sans initiales de
validation de la RDC. La version modifiée sans explication ni raison
est diffusée, l’auteure, prévenue, ayant jeté l’éponge. C’est inadmissible et pour tout dire honteux ! Pour l’Agence, ses journalistes et sa hiérarchie.» Dans la nouvelle version de la dépêche, exit une réforme du bac général : Darcos songe simplement à un rééquilibrage des filières. La rédaction en chef de l'AFP s'est donc couchée de façon servile face à l'injonction ministérielle. L'intersyndicale ne décolère pas : «Notre dignité de journalistes et la crédibilité de l’Agence en France
et à l’étranger sont incompatibles avec une telle attitude qui laisse
penser que nous deviendrions une vulgaire agence de com’ du gouvernement», écrit-elle dans un communiqué rageur titré L'AFP n'est pas l'agence Tass ! Voilà comment, aujourd'hui, un ministre peut en toute impunité manipuler l'information.
Manifestation le 4 octobre
C'est dans ce lourd climat que l’intersyndicale de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, USJ-CFDT, SJ-CFTC, SPC-CFE-CGC, SJ-FO) appelle à un grand rassemblement des journalistes et des citoyens ce 4 octobre à 18h au Musée social à Paris : «Depuis des mois, les coups de boutoirs portés à la liberté de la presse sont de plus en plus violents. Rarement l'indépendance des journalistes n'avait été autant bafouée. Rarement, l'un des droits fondamentaux du citoyen, à savoir l'accès à une information honnête, complète, pluraliste et indépendante des pressions politiques, financières et commerciales, n'avait été autant menacé. La situation est grave. Les exemples pullulent : la mainmise de quelques grands industriels - dont les liens avec le pouvoir en place ne sont plus à démontrer - est une situation unique en Europe. Même les Etats-Unis ne connaissent pas un tel phénomène. Des journaux, des émissions, des postes de journalistes disparaissent. Restructurations et plans sociaux se succèdent à un rythme effréné. Les pressions exercées sur les journalistes atteignent des sommets dignes d'une république bananière. Les cas de censure deviennent monnaie courante. Les rédactions sont perquisitionnées au mépris même de la loi. Face à cette situation d'une extrême gravité, les syndicats de journalistes, garants des intérêts moraux et du statut d'une profession indispensable au droit à l'information des citoyens, ont décidé, pour la première fois depuis 15 ans, de se rassembler pour passer à
l'action. Ils appellent les journalistes et les citoyens à s'engager avec eux pour gagner la bataille de l'indépendance. Les médias, dans leur diversité d’expression, devraient contribuer à préserver et à renforcer la démocratie. Les journalistes n'ont en aucun cas vocation à faire passer un message au profit d'un intérêt particulier. Ils doivent, et avec eux les patrons de presse, avoir le souci constant de respecter la déontologie de la profession, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas. L'information ne se confond pas avec de la communication, et doit encore moins être prise pour une marchandise. La République française et ses représentants élus par le peuple doivent garantir le respect de ces principes.» Si vous aussi, vous pensez que «L'information est un droit fondamental de tout citoyen, qui commence par le respect du droit d’informer», rendez-vous dans la rue le 4 octobre.
