Plume de presse

Le blog sabre-au-clair d'un journaliste engagé

24 mai 2008

Rions un peu avec le patron de Total

diversites180"Il faut que le monde entier s’habitue à un prix élevé du pétrole, y compris les pêcheurs français", a estimé Christophe de Margerie, le patron de Total, qui s'habitue pour sa part très bien à ce que sa société engrange des profits colossaux : 3,254 milliards d'euros en bénéfice net ajusté rien que pour le premier trimestre. Voilà donc une entreprise qui fait clairement son miel de l'augmentation du prix du pétrole, sur le dos du consommateur captif. Ce qui n'empêche pas son dirigeant de le nier : lorsque les cours s'envolent, "ce n'est pas une augmentation des profits de la maison", a-t-il affirmé, la moustache frémissante, devant l'assemblée générale des actionnaires. Pourtant, sur les années 2005, 2006 et 2007, la facture du consommateur a augmenté de 33% tandis que les revenus des pétroliers (dont Total) bondissaient de plus de 50% : fâcheuse corrélation. Autre déclaration amusante du PDG du pétrolier : "dans notre métier, dans notre manière de travailler, il n'y a aucune corruption, ni de près, ni de loin", répondit-il aux journalistes qui l'interrogeaient à propos de son intention proclamée de devenir numéro un en Angola, pays désigné par l'ONG Transparancy International comme l'un des plus corrompus du monde. Rappelons simplement que Christophe de Margerie est mis en examen pour "abus de biens sociaux et corruption d'agents publics étrangers" dans deux affaires distinctes, à la fois de dirigeants iraniens et irakiens, et qu'il fut aussi entendu dans le cadre d'une enquête portant sur des versements suspects à un ancien ministre de la Justice du Cameroun*. "Aucune corruption, ni de près, ni de loin"... Sacré Margerie, toujours le mot pour rire !

* : Tous ces faits sont détaillés dans notre billet du 22 mars 2007, Les démentis offusqués de Total.

Posté par Olivier Bonnet à 09:25 - Humeur - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mai 2008

Rachid'âne Dati fait une "erreur" de 1000% !

bonnet_d__neLe 19 mai dernier, Calamity Dati était en visite à quelques kilomètres du QG de Plume de presse, à la maison d'arrêt de Luynes (Bouches-du-Rhône). Elle y a cherché à minimiser l'ampleur du problème des prisons françaises : "sur les 190 établissements que nous avons en France, ils ne sont pas tous en surpopulation, a-t-elle affirmé. Il y a, je crois, à peine 6% des établissements qui seraient en surpopulation". Les statistiques officielles donnent un tout autre pourcentage : 63%. L'erreur de la ministre de la Justice est donc de... plus de 1000% ! L'Observatoire international des prisons a par conséquent fustigé son "incompétence". Il est vrai que l'hypothèse est plausible. Mais n'écartons pas aussi rapidement la malhonnêteté : peut-être Dati est-elle à la fois incompétente et menteuse !

Mettons-lui en tout cas les points sur les i (excellent éditeur ;) en rappelant que le rapport sénatorial sur Les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires en France de juin 2000 parlait d' "humiliation pour la république". Et lisons des extraits de la contribution de la section française de l'Observatoire international des prisons, rédigée en février dernier pour le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies : "Alors qu'elle avait été dénoncée par deux rapports parlementaires en 2000, la situation des prisons s'est sérieusement détériorée ces quatre dernières années, sous l'effet d'une politique pénale orientée vers l'incarcération - provoquant une forte inflation carcérale et générant une surpopulation record - et une politique pénitentiaire axée sur le renforcement de la sécurité. Les gouvernements sont restés sourds aux insistantes recommandations des instances nationales et internationales de protection des droits de l'Homme (…) L’inflation carcérale constatée depuis 2002 s’est largement aggravée en 2007. Un record historique de 65 046 personnes au 1er décembre 2007, soit + 6,6% depuis le 1er décembre 2006 (+ 4 016 détenus) et + 22,3% depuis le 1er avril 2002 (+ 11 853 détenus). Cette augmentation sans précédent a entraîné la hausse très rapide du taux de détention, passé de 77,1 pour 100 000 hab. en 2002 à 102 en 2007. Au 1er janvier 2008, 11 948 détenus sont en surnombre par rapport aux places disponibles. Appelé à se prononcer sur les questions de santé en prison, le Comité d'éthique a estimé que «la surpopulation carcérale entraîne le non-respect du droit à l’hygiène, à l’intimité, à la salubrité des locaux et à des conditions de vie non dégradantes pour la santé physique et mentale». Dès 2003, le Comité européen de prévention de la torture (CPT) avait estimé que les effets de surpopulation des maisons d'arrêt s'apparentaient à un «traitement inhumain et dégradant». Il avait recommandé de lutter résolument contre le surpeuplement par une réduction du recours à l'emprisonnement, afin que l’échéance du 13 juin 2008 fixée par la loi pour assurer l'encellulement individuel soit respectée. Le gouvernement a fait le choix rachida_datiinverse de durcir toujours davantage sa politique pénale". Terminons enfin par le nombre des détenus surpeuplant les prisons françaises au 1er mai 2008 : 63 645. Presque un record : en juillet 2004, elles comptaient 7 personnes supplémentaires. Mais avec les peines planchers, l'atténuation de l'excuse de minorité ou la rétention de sûreté, encore un effort, Cruella Dati : suivant le modèle américain cher à votre président, la France peut crever de nouveaux plafonds. Le 23 avril dernier, le New York Times sortait cette statistique étonnante : les États-Unis comptent 5% de la population mondiale mais 25% de la population carcérale de la planète, un détenu sur quatre. Sarkozy et Dati rêvent sans doute que le quatrième soit Français...

Posté par Olivier Bonnet à 17:42 - Bonnet d'âne - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mai 2008

Retraites : pourquoi cette contre-réforme est injuste

C'est aujourd'hui le jour des grandes grèves et manifestations contre la réforme des retraites que le gouvernement veut mettre en place. Pourquoi est-elle foncièrement injuste ? Arguments.

L'actuelle majorité creuse le sillon labouré par la droite depuis 15 ans : obliger les salariés à cotiser toujours plus longtemps pour pouvoir bénéficier d'une retraite à taux plein et ainsi, mécaniquement, baisser le niveau des retraites effectivement perçues. En 1993, Edouard Balladur décide que la durée de cotisation passera progressivement de 37,5 à 40 ans, en même temps que le salaire de référence, qui sert de base à la fixation du montant de la retraite, sera désormais calculé sur la moyenne des 25 meilleures années, contre les 10 meilleures années auparavant : c'était déjà cotiser plus pour toucher moins. Dix ans plus tard, François Fillon, alors ministre des Affaires (anti)sociales, aligne la durée de cotisation des fonctionnaires sur celle du secteur privé, à 40 ans, et planifie un allongement progressif pour tous les actifs, à 41 ans en 2012. C'est cette loi qui va rentrer en application l'année prochaine et qui mobilise aujourd'hui contre elle un front syndical uni, dans le public comme le privé, réunissant la CGT, FO, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, la FSU, l'UNSA, Solidaires, l'UNEF et la JOC.

La justification de cette réforme, présentée comme indispensable, est l'allongement de la durée de vie et le fait que la France compte par conséquent de moins en moins d'actifs en proportion des retraités. Ce qui est Jean_Claude_Maillytout à fait exact. Pourtant, à partir de cette situation objective, plusieurs remèdes sont possibles, ce que nie la droite en présentant l'allongement de la durée de cotisation comme inéluctable. Or il s'agit d'un choix idéologique. Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, résume bien l'alternative : "ce n'est pas parce que l'espérance de vie augmente que vous devez bosser plus !", s'exclame-t-il, estimant qu'il s'agit là d'un "prétexte". "Le départ du raisonnement, c'est un problème financier". Et de livrer son diagnostic, pointant "un vrai problème de répartition des richesses" : "le financement, on peut l'assurer", affirme-t-il, proposant "une augmentation de l'impôt sur les bénéfices, de 3% sur les bénéfices non réinvestis, cela fait trois milliards de recettes supplémentaires" ainsi qu'une "cotisation vieillesse sur l'intéressement, la participation et les stocks options". De fait, le choix de la droite est de faire constamment peser le poids des efforts sur les salariés, jamais sur les entreprises. Lorsque les opposants à sa réforme proposèrent ainsi en 2003 à Fillon d'augmenter les cotisations sociales, ce VRP du MEDEF répondit que cette augmentation du coût du travail "mettrait en péril la compétitivité de notre économie, c'est-à-dire l'emploi". Toujours le même refrain.

couv5"Un vrai problème de répartition des richesses", dit Mailly. Il a parfaitement raison. Extrait de Sarkozy, la grande manipulation : "La malhonnêteté de la présentation de certaines données va de pair avec l’occultation d’autres, qui contredisent la vulgate néolibérale. Ainsi, d’après le Fonds monétaire international, la part des salaires au sein du produit intérieur brut (PIB) des pays membres du G7 a baissé de 5,8% entre 1983 et 2006. La Commission européenne observe le même phénomène au sein de l’Union, plus prononcé encore avec une chute de 8,6%. En France, elle atteint même 9,3%. Jacky Fayolle, ancien directeur de l’Institut de recherches économiques et sociales, a évalué ce transfert de richesses, sur la base d’un PIB de la France à près de 1 800 milliards d’euros : «il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont ripé du travail vers le capital». Soit, même en prenant en compte la fourchette basse, plus d’une dizaine de fois le déficit de la Sécurité sociale (12 milliards) et une vingtaine de fois celui des retraites (5 milliards). Médiatise-t-on ce «trou», «combien plus profond, creusé par les actionnaires dans la poche des salariés», selon l’expression utilisée par François Ruffin dans Le Monde diplomatique (janvier 2008) ?"

La solution de demander aux salariés de travailler toujours plus longtemps constitue en outre une escroquerie, dans la mesure où les entreprises ne veulent pas des seniors, qui ne parviennent pas à retrouver d'emploi une fois au chômage (leur taux d'activité n'est que de 38% en France). Contraints et forcés, ils cotiseront donc insuffisamment longtemps pour bénéficier d'une retraite à taux plein et toucheront donc FILLON_assembl_edes retraites toujours plus faibles. Aussi les syndicats font-ils valoir qu'on ne peut pas décider d'allonger à nouveau la durée de cotisation sans avoir auparavant amélioré le taux d'emploi des seniors. Du reste, Fillon en avait parlé au micro de l'Assemblée nationale, le 10 juin 2003, en présentant sa loi : "Dès 2006, un besoin important de main-d'oeuvre se fera nécessairement sentir, croyait-il savoir, et la plupart de nos grandes entreprises en prennent conscience. En privilégiant l'allongement de la durée de cotisation pour financer les retraites, c'est en quelque sorte un marché que nous leur proposons : si les entreprises ne favorisent pas cette mutation des esprits et des pratiques en faveur de l'emploi des seniors, il n'y aura pas d'autre choix qu'une hausse drastique de leurs charges pour financer les retraites". "Applaudissements sur les bancs du groupe UMP", précise le compte-rendu sur le site de l'Assemblée. Evidemment, même si les entreprises ne font nullement travailler davantage de seniors qu'à l'époque, l'hypocrite ne parle plus aujourd'hui de "hausse drastique de leurs charges pour financer les retraites", dieu et le MEDEF l'en préserve !

larrouturouhalphenPour la bonne bouche, rappelons enfin ce qu'écrivaient Pierre Larrouturou (photo de gauche), délégué national à l’Europe du PS et porte-parole d’Urgence sociale, et Eric Halphen, président du comité de parrainage d’Anticor, dans un article paru dans la rubrique Rebonds de Libération du 6 juin 2007, titré Les mensonges de Fillon* : "M. Fillon se présente toujours comme l’homme-qui-a-réussi-la-réforme-des-retraites. Est-ce bien vrai ? L’objectif principal de la réforme Fillon était d’allonger la durée de cotisation des salariés. Quatre ans après le vote de la loi, une étude de la Caisse nationale d’assurance vieillesse montre que jamais on n’est parti aussi tôt en retraite ! Alors que les salariés partaient en moyenne à 62,1 ans en 2001, l’âge moyen de départ s’est abaissé à moins de 61 ans en 2006. Une évolution diamétralement opposée à l’objectif de la réforme. Par peur des réformes annoncées pour 2008, un très grand nombre de salariés partent en retraite dès qu’ils ont 60 ans, quitte à subir une décote s’ils n’ont pas cotisé suffisamment longtemps. Les caisses de retraite, qui étaient à l’équilibre en 2002 et devaient le rester jusqu’en 2008, ont déjà accumulé un déficit supérieur à 7 milliards d’euros! Certains parlent d’échec; d’autres, de fiasco. Mais François Fillon se présente toujours comme l’homme-qui-a-réussi-la-réforme-des -retraites… De deux choses l’une: soit François Fillon se désintéresse complètement de l’avenir des retraites, soit il connaît le bilan fait par la Cnav et il ment comme un arracheur de dents". A votre avis ?

* : article déjà cité dans notre billet du 13 juin 2007.

Posté par Olivier Bonnet à 15:25 - Sarkoland - Commentaires [25] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 mai 2008

Une lutte contre la fraude très sélective

arton913Sous l'impulsion présidentielle, Sarkozy ne cessant de vilipender les "assistés" et les "tricheurs", le gouvernement intensifie la lutte contre la fraude, coordonnée par Éric Woerth, ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique. L'ennui, c'est que les plus grands fraudeurs ne sont pas ceux que l'on désigne à la vindicte populaire. Lutte contre la fraude : le gouvernement se trompe de priorité, titre ainsi Philippe Frémeaux, directeur de la rédaction de notre revue de chevet, Alternatives Économiques : "Eric Woerth, le ministre du Budget, a annoncé mercredi 16 avril, la création d'une délégation nationale de lutte contre la fraude. On serait tenté de saluer ce témoignage de la volonté des pouvoirs publics de lutter contre la fraude si les mesures annoncées hier par le ministre ne se concentraient pas sur la chasse aux fraudeurs aux prestations sociales, notamment via le croisement de différents fichiers et de nouveaux dispositifs d'évaluation de la situation des personnes. (...) Selon les estimations du Conseil des prélèvements obligatoires, le montant de la fraude fiscale et sociale tourne, en France, entre 28 et 40 milliards d'euros, soit 1,7% ou 2,3% du PIB. Le Syndicat national unifié des impôts (SNUI) l'évalue pour sa part à 50 milliards d'euros. Mais peu importe les chiffres - par définition, on ne peut chiffrer avec exactitude les comportements délictueux -, on constate à ces évaluations que le montant de la fraude équivaut peu ou prou au déficit du budget de l'Etat ! Or, la fraude aux prestations sociales ne contribue que pour une part négligeable à ce total. Ainsi, la Caisse nationale d'assurance-maladie n'a constaté, en dépit des moyens croissants mis en oeuvre pour lutter contre la fraude, que 116 millions d'euros de fraude en 2007. La Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF) en est resté à 35 millions en 2006. Quant à l'Unedic, la caisse d'assurance-chômage, elle évalue à 140 millions d'euros les sommes perçues par des chômeurs faussement déclarés. Au total, moins de 300 millions d'euros. En admettant même que ces organismes n'identifient qu'une part limitée de la fraude et que celle-ci s'élève à deux fois, voire trois fois les montants détectés, on n'atteindrait pas le milliard d'euros. Un montant à rapporter aux 500 milliards d'euros redistribués chaque année par l'ensemble des régimes sociaux. Alors ? Alors l'essentiel de la fraude est liée à la fiscalité. Des ménages pour une petite part, et surtout des entreprises, qui déploient parfois une grande intelligence pour éviter de payer la TVA ou minimiser, au-delà de ce que les règles légales autorisent, leur impôt sur les bénéficies des sociétés. Or, dans ce domaine, le discours politique est précisément inverse de celui qui prévaut en matière sociale. La priorité affirmée est d'alléger la fiscalité assise sur les entreprises. Est-ce à dire que le gouvernement ne fait rien pour lutter contre la fraude fiscale ? Non, et différentes mesures sont en cours de discussion avec nos partenaires européens, notamment pour lutter contre les escroqueries à la TVA. Mais on aimerait que les priorités soient mieux définies et les enjeux mieux hiérarchisés. Sinon, la lutte contre la fraude risque d'être perçue comme une nouvelle forme de chasse aux pauvres. La volonté gouvernementale de lutter contre la fraude sociale serait enfin mieux perçue si elle s'accompagnait d'un effort équivalent pour réduire le non-recours, c'est-à-dire la non-perception par de nombreuses personnes des prestations auxquelles elles ont pourtant droit au vu de leur situation. On estime ainsi que près d'un tiers des personnes qui devraient toucher le RMI n'en bénéficient pas, par défaut d'information, parce qu'ils ont renoncé à le demander face à la complexité de la procédure, ou par crainte d'être stigmatisé en tant qu' «assisté»."

Encore Philippe Frémeaux ne parle-t-il pas de ce que l'on appelle pudiquement "l'optimisation fiscale des firmes multinationales". Le procédé est résumé par Bakchich.info : "les groupes puissants choisissent des paradis fiscaux, type Suisse, Hollande ou Luxembourg, pour établir leur siège social. La maison mère prête lagardede l’argent à des filiales installées par exemple en France. Lesquelles filiales paient de gros taux d’intérêt au holding de tête. Et comme ces intérêts sont déductibles du bénéfice imposable, le fisc français se retrouve grugé d’autant." Interrogée à ce sujet par Virginie Roels, journaliste du site d'information en ligne qui évoque un rapport de l'INSEE (vidéo en ligne ici), la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, répond : "je suis tout à fait intéressée par toute information dont vous disposeriez sur des niches fiscales à des centaines de millions d'euros". "Vous n'avez jamais entendu parler du rapport de l'INSEE ?", s'étonne Virginie Roels. Réponse alambiquée : "Des niches fiscales de centaines de millions d'euros au bénéfices des entreprises... j'aimerais bien avoir plus de clarifications. Donc si l'INSEE dispose de ces informations, je le lui demanderai. L'INSEE est un organisme jpg_optimisation_fiscale_decoupindépendant qui exerce ses missions et qui rend ses rapports d'une manière indépendante. Je n'exerce pas de droit de contrôle, en l'état, sur l'INSEE. Mais je leur poserai la question." Problème pour cette menteuse de Lagarde: le rapport en question, titré Les structures de groupe et les procédés d'optimisation fiscale, que Bakchich s'est procuré, a été conjointement élaboré par l'INSEE et la direction du Trésor, porte l'en-tête du ministère de l'Économie et a été présenté lors d'un symposium organisé à Bercy le 20 juin 2007 ! Dans la plus grande discrétion : "Rien n’a filtré de ce symposium. Et pour cause, les hauts fonctionnaires présents n’ont pas eu droit au rapport fort pointu rédigé par leurs collègues de la direction du trésor et de l’INSEE. Pas une copie distribuée, pas un écho dans les revues internes du monde financier gouvernemental", écrit Nicolas Beau de Bakchich. Un enterrement de première classe, en somme. Le rapport chiffrait pourtant la perte pour le fisc français à un minimum de 600 millions d'euros depuis cinq ans.

Et concernant les niches fiscales dont bénéficient certains particuliers, qui les soustraient à l'impôt ? L'État ne gagnera presque rien avec la révision des niches fiscales, titre Le Point du 7 mai dernier : "Face à la hauteur de l'obstacle, le gouvernement renâcle. La révision annoncée des niches fiscales qui pèsent "une cinquantaine de milliards d'euros", selon le ministre du Budget Éric Woerth, sera limitée. Elle ne devrait même rien rapporter à l'État, car ce n'est tout simplement pas le premier objectif, affirme le rapport de l'Inspection générale des finances commandé par Christine Lagarde et transmis hier aux parlementaires. Alors que le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre avait proposé de réduire les niches fiscales de moitié d'ici à 2012, Christine Lagarde a mis fin à ses attentes mardi soir sur TF1. La ministre de l'Économie a finalement retenu le plafonnement de cinq des quelque 200 dispositifs dérogatoires à l'impôt, qui permettent de s'en exonérer presque totalement." Cinq sur 200, on voit l'ampleur de la remise à plat... Mais à côté de cela, intensifions la lutte contre les fraudeurs et les profiteurs d'en-bas, tellement plus vulnérables ! "Sarkozy, c’est l’élu de neuilly, à l’origine. C’est l’homme des riches. C’est un type qui promet d’être dur avec les sarkozy_de_neuilly_elysee_couv_faibles", diagnostiquait l'historien, sociologue et démographe Emmanuel Todd , invité de Bourdin & Co sur RMC le 4 avril 2007 (retranscription sur ContreInfo). Ce que promettait Sarkozy lui-même : "Je serai un président comme Louis de Funès dans Le Grand Restaurant : servile avec les puissants, ignoble avec les faibles. J'adore", déclarait-il en off à des journalistes le 16 février 2007, depuis la piscine d'un grand hôtel à La Réunion (cité dans Nicolas Sarkozy, De Neuilly à l'Elysée, par les journalistes politiques Bruno Jeudy du Figaro et Ludovic Vigogne du Parisien), avec sans doute davantage de cynisme que d'humour. Une des rares promesses qu'il tiendra. Terminons par une suggestion : d'après le rapporteur général du Budget au Sénat, Philippe Marini, cité hier par le Figaro, 843 contribuables assujettis à l'Impôt sur la fortune ont quitté la France en 2006, pour un montant de "2,8 milliards d'euros de capitaux au total". Le bouclier fiscal à 50% ne suffit donc pas.  Marini ne voit qu'une solution : "lever le seuil d'imposition de 770 000 à un million d'euros. Nous avons besoin de personnes aisées sur notre territoire pour investir, créer des emplois, de la richesse et pour, au final, payer des impôts". Mais non ! Laissons les seules classes moyennes en payer, n'embêtons pas les riches avec ça, sinon ils partent... Dans la droite ligne de la politique sarkoziste, persécutons les chômeurs, tricheurs, fraudeurs et assistés et supprimons donc l'impôt des riches. "Servile avec les puissants, ignoble avec les faibles. J'adore" : nous aussi !

Posté par Olivier Bonnet à 06:34 - Sarkoland - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mai 2008

Manifestations contre les sanctions de chômeurs

10907294"Le gouvernement annonce un projet de loi qui sanctionnerait de radiation les chômeurs refusant une deuxième offre d'emploi au bout de six mois de chômage avec un salaire inférieur de 20% à leur ancien salaire, et au bout d'un an, avec un salaire inférieur de 40%. Cette offensive qui participe à la stigmatisation des chômeurs, comme s'ils étaient responsables de leur absence d'emploi, a deux buts : faire diminuer artificiellement le chiffre du chômage (déjà bien inférieur à la réalité), et peser à la baisse sur tous les salaires", écrivent dans un communiqué commun trois associations de chômeurs, AC!, APEIS et MNCP, qui appellent aujourd'hui à des manifestations nationales. En stigmatisant la justification gouvernementale de son projet de loi, les fameuses 300 à 500 000 offres d'emploi non pourvues, comme une "manipulation grossière" : "Ce chiffre n'a aucune base statistique sérieuse. Il traduit simplement le fait qu'il faut un délai (environ un mois) pour qu'une offre soit satisfaite. Aussi, sur la base de 3,7 millions d'offres gérées par l'ANPE en 2007, il y a en permanence un volume d'offres de l'ordre de 300 000. Les présenter comme des emplois non pourvus, c'est tromper l'opinion publique."

logoL'économiste François Eymard-Duvernay, professeur à l'Université Paris X Nanterre, livre une analyse lumineuse de la situation dans un article publié par l'excellente revue Alternatives économiques, sous le titre de Sanctionner les chômeurs ou élargir leur espace de choix ? Extraits.

"La logique de l'assurance est bien loin. Celle-ci est dénoncée comme une logique «protectrice», alors qu'elle est de nature contractuelle : les salariés organisés collectivement s'assurent contre les risques du chômage, paient des cotisations et reçoivent en contrepartie une allocation lorsqu'ils n'ont plus d'emploi. En quoi cela est-il illégitime ? On pourrait d'ailleurs suspecter les mesures actuellement envisagées de rompre des contrats anciens : après tout, les chômeurs susceptibles d'être «sanctionnés» ont versé normalement leurs cotisations, dans un cadre juridique qui prévoyait des prestations en contrepartie. Dans une situation où l'on veut forcer la main des chômeurs pour leur faire accepter des emplois dont personne ne veut, il ne serait pas inutile de rappeler que la relation de travail est contractuelle, c'est-à-dire, suivant les plus élémentaires principes libéraux, conditionnée par l'accord des volontés des parties et en particulier celle du salarié. (...) Les syndicats et plusieurs observateurs ont critiqué fermement la pression exercée sur la personne en recherche d'emploi pour qu'elle accepte un salaire de plus en plus bas. Le gouvernement souhaiterait ainsi que, au bout de trois mois de chômage, elle ne puisse pas refuser deux offres correspondant à 95% de son salaire antérieur, à 80% de ce salaire au bout de six mois et équivalant à ses allocations chômage (soit 57% du salaire antérieur !) au bout d'un an. Plutôt qu'à résorber la frange des emplois mal payés, aux conditions de travail souvent dégradées, cette politique conduirait à les pérenniser en contraignant des personnes à les occuper. On renouerait ainsi avec les phases les plus sombres du capitalisme (...) La multiplication des travailleurs pauvres, nouvelle plaie des sociétés riches, est ainsi explicitement visée. La garantie d'un salaire minimum instaurée par le Smic n'arrête pas d'être détricotée. Après la «prime pour l'emploi» qui permet de proposer des durées hebdomadaires de travail et des rémunérations mensuelles faibles, le montant des allocations chômage deviendrait une sorte de norme salariale : tout employeur versant un salaire à ce niveau serait assuré d'avoir une main d'œuvre disponible, grâce à la pression exercée sur les chômeurs de longue durée. (...) Le salarié engage sa personne dans le travail. Cela suppose que le travail ait un sens pour lui, qu'il en ait une représentation positive : c'est un enseignement constant de l'anthropologie et de la sociologie du travail. Nier cette dimension conduit à un retour à une conception servile du travail. Le contrat de travail, forme juridique de la relation salariale dans toute société libre, doit impérativement recueillir la volonté du salarié. Le menacer de sanctions au cas où il refuserait une «offre valable d'emploi» ainsi définie est une atteinte grave à cette liberté fondamentale. (...) De nombreux travaux montrent que les conditions de travail deviennent de plus en plus problématiques, sous la pression de la concurrence. Ce critère semble absent de la définition des «offres valables». Quid des personnes, le plus souvent des femmes, qui doivent s'occuper seules d'un enfant et donc avoir des horaires compatibles ? Quid de tous les salariés qui refusent de se démolir physiquement et/ou psychologiquement au travail ? Quid des seniors, dont on se préoccupe actuellement, qui considèrent qu'après une longue vie de travail, ils ont le droit de refuser certains emplois ? (...) Une offre d'emploi n'est «valable» que si elle est aussi considérée comme telle par le co-contractant. Toute autre solution revient à le soumettre à une tutelle. (...) Est-il exagérément « libéral » de rappeler, dans la continuité de nombreux auteurs (dont Amartya Sen), que l'évaluation des situations doit prendre en compte la liberté laissée aux personnes, et pas seulement leurs revenus ?"

Carole_TuchszirerEn cette matière comme en toute autre, ce gouvernement de classe fait la politique du patronat : "C’est manifestement le marronnier de la classe politique et du MEDEF, rappelle une autre auteure d'Alternatives Économiques, Carole Tuchszirer, docteur en économie des ressources humaines, dans un article titré L'offre valable d'emploi, l'éternel retour. A chaque renégociation de la convention d’assurance chômage, la question de l’offre valable d’emploi (OVE) refait surface avant même que l’on débatte du fond, c’est-à-dire de la façon dont on entend faire de l’assurance chômage un outil de gestion des transitions professionnelles. Rappelons que «l’offre valable d’emploi» avait déjà fait parler d’elle en 2000, à l’occasion de l’adoption du PARE (plan d’aide au retour à l’emploi). Le MEDEF avait dû rapidement reculer devant la ténacité du gouvernement de l’époque (Elisabeth Guigou en tête) qui, avec le soutien de la plupart des organisations syndicales, avait brandi la menace d’un refus d’agrément de la convention d’assurance-chômage." La différence avec aujourd'hui, c'est que le MEDEF règne en Sarkozie.

À lire aussi sur le même sujet : Haro sur les chômeurs.

Posté par Olivier Bonnet à 10:30 - Sarkoland - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 mai 2008

Interdit de manifester en présence de Sarkozy !

imaginons_la_france_dapresRetour sur le déplacement du président à Vienne (Isère), le 13 mai dernier, emblématique d'une certaine dérive de la France sarkoziste vers un État policier : la petite ville semblait en état de siège, investie par un bon millier de membres des forces de l'ordre, soit environ un flic pour trente habitants ! Des snipers étaient même postés sur les toits... Surtout, le comportement des policiers fut inacceptable, comme le raconte LibéLyon : "La scène se déroule dans le centre-ville de Vienne (Isère), mardi en fin de matinée, une heure et demie avant l'arrivée de Nicolas Sarkozy. (...) Des militants veulent manifester aux abords. Certains du PS, d'autres du PCF, d'autres encore de la la LCR. Ils sont environ 150 à 200, selon un journaliste présent. Mais il y a également énormément de policiers en civil, sur la place et dans toutes les rues avoisinantes. Normal pour une visite présidentielle. Sauf que le journaliste présent constate que les policiers sont en train de contrôler et fouiller les militants, et surtout de saisir tous leurs tracts, leurs autocollants, et même leurs journaux. Celui-ci a Rouge dans son sac ? Saisi. Celui-là l'Huma à la main ? Saisi également. Quelques jeunes gens de la LCR refusent de remettre leurs tracts, ils sont alors menottés et embarqués."
Rappelons l'article 19 de la Déclaration  universelle des droits de l’homme : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit." Au nom de ce droit de répandre les informations et les idées, la confiscation des tracts, autocollants et journaux est illégale. Dès lors, menotter et embarquer au commissariat ceux qui l'ont refusée constitue autant d'arrestations arbitraires. De nombreux témoignages attestent en outre que les militants connus des services (si les RG ont changé de nom, ils font toujours le même travail !), notamment ceux de la CGT, ont été refoulés pour les empêcher de manifester. Là où Sarkozy passe, la liberté d'expression trépasse... On se consolera en observant que, malgré toutes ces précautions, le président a quand même été hué.

Posté par Olivier Bonnet à 09:48 - Sarkoland - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 mai 2008

Croissance : "la fanfaronnade sidérante du gouvernement"

On pensait que la croissance française atteindrait 1,9% en 2007, voilà qu'elle culmine finalement à 2,1. Aussitôt se pâment nos gouvernants : Sarkozy estime que ces chiffres "témoignent de la nécessité de garder le cap", Fillon juge que "C'est une très, très bonne nouvelle", y voyant une conséquence "des mesures que nous avons prises en faveur du travail" et Lagarde ne craint pas de se féliciter : "Vous accueillez ce matin un ministre de l'Economie qui se réjouit et qui jubile. Contre vents et marées, je n'ai cessé de dire que nous serions au moins à 2 %". C'est vrai, mais elle visait davantage, comme le lui rappelle le PS dans un communiqué, en s'étonnant "que Mme Lagarde puisse "jubiler", selon ses propres termes, d'une croissance revue à 2,1% en 2007, alors qu'elle-même avait promis une croissance de 3% au mois de juin, ramenée à 2,5% en septembre, puis à 2,25% en octobre et enfin à 2% en décembre". Ceci posé, on a tout de même une embellie de 1,9 à 2,1. Justifie-t-elle les déclarations extatiques gouvernementales ?

Nicolas_BouzouVoyons ce qu'en dit l'économiste Nicolas Bouzou, qui dirige la société d'études Asterès, qu'il a créée, et enseigne à Sciences-Po et à l'Université Paris VII. L'homme est un néo-libéral pur sucre, comme l'atteste ce concentré de propagande patronale que l'on peut lire sous sa plume dans son ouvrage Petit précis d'économie appliquée à l'usage du citoyen pragmatique, publié en mars 2007 : "Nous ne travaillons pas assez, les entreprises investissent trop peu, notre système fiscal pénalise la création de richesse et la croissance future. Quant à notre marché du travail, sa rigidité protège les salariés en place, mais ferme les portes de l'ascenseur social aux plus fragiles. L'Etat enfin, gaspille de précieuses ressources sans compter. Ces assertions reposent chacune sur des faits tangibles, et non sur des a priori idéologiques". Tu parles ! Que les Français ne travaillent pas assez est faux (voir Durée du travail en France : un mensonge d'État), la dénonciation du système fiscal est typique de la droite (purement idéologique, donc) - ce sont de semblables positions qui justifient le scandaleux bouclier à 50% - et le marché du travail, jugé trop rigide, est constamment flexibilisé depuis des années sans que jamais les travailleurs en bénéficient ! Pour preuve, depuis 1980, "la proportion des travailleurs à temps partiel est passée de 6 à 18% de l'effectif salarié total, et celle des autres formes d'emploi atypiques (intermittence, intérim, etc.) de 17 à 31% du salariat" (Le Monde, 30 novembre 2007). Dans le même temps, "le revenu salarial net n'a pratiquement pas augmenté depuis ces vingt-cinq dernières années" (Les Échos, 30 novembre 2007), tandis qu'ont explosé les profits des entreprises : "les approximations optimistes concèdent 16% d'augmentation seulement (des salaires) entre 1987 et aujourd'hui. C'est aussi en 1987 que naissait le CAC 40, avec un indice 1000. Il cotait 5697 points le 11 décembre dernier : + 470%, donc" (Le Monde diplomatique, janvier 2008). Voilà donc à quoi mène le flexibilisation du marché du travail que Bouzou appelle de ses vœux ! Toujours est-il que cet économiste, qui propage de façon aussi éhontée les dogmes libéraux, devrait se montrer enthousiaste à propos de l'embellie de la croissance qui fait sauter de joie le gouvernement. "La trentaine de mesures en faveur du pouvoir d'achat n'ont pas empêché la consommation des ménages de freiner fortement", estime-t-il pourtant, interrogé dans l'édition d'aujourd'hui des Échos. "Le gouvernement se réjouit de bons chiffres dont pas grand-chose de tangible ne montre qu'ils puissent être mis à son crédit", conclut-il.

michel_sapinMichel Sapin, secrétaire national du PS à l'Economie et la fiscalité et ancien hôte de Bercy, est encore plus sévère en fustigeant "la fanfaronnade sidérante du gouvernement" : "Ce niveau de croissance atteint en 2007 reste faible, surtout au regard des résultats obtenus par nos principaux partenaires européens (2,6% pour l'ensemble de la zone euro, 2,5% pour l'Allemagne et 3% pour le Royaume-Uni). L'analyse des enquêtes de conjoncture montre une dégradation profonde et durable des indicateurs économiques en France". Exemple : "la production industrielle se tasse (-0,8% en mars 2008, NdA). L'autosatisfaction dont fait preuve le gouvernement est dès lors totalement déplacée et à tous égards inacceptable."

Posté par Olivier Bonnet à 16:00 - Sarkoland - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Grosse ambiance au sein de la majorité !

charretteno7Ce n'est plus un malaise qu'il y a entre la majorité et le président, c'est une véritable guerre ouverte ! C'est d'abord le député Nouveau centre Hervé de Charette qui ouvre les hostilités mercredi avec cette petite phrase : "L'UMP est un parti qui a été organisé de façon autoritaire par Nicolas Sarkozy pour la conquête de pouvoir, mais son fonctionnement devient inadapté sous la présidence brejnevienne de Patrick Devedjian". Nul doute que l'intéressé appréciera l'épithète.

Le très sarkoziste maire de Nice, Christian Estrosi, rajoute une couche hier : "Ce qui estrosi_grm'inquiète, c'est que le parti n'est pas utile à Nicolas Sarkozy aujourd'hui, alors qu'il devrait être le garant de ses engagements. Il n'est pas non plus utile dans la vie politique parce qu'il y a un vrai problème d'organisation, de débat interne et de confrontation des idées". Inutile, l'UMP ? Mais alors, à quand la dissolution ? Et que penser de ce déficit "de débat interne et de confrontation des idées" digne d'une organisation dictatoriale ?

Troisième épisode de ce délicieux échange d'amabilités, l'invraisemblable saillie du député claude_goasguenUMPiste Claude Goasguen, hier lors d'une réunion de groupe, très applaudi par ses pairs quand il a dénoncé "les connards qui parlent trop de l'autre côté de la Seine", visant les conseillers de Sarkozy. Il a ensuite confirmé avoir tenu ces propos à la presse. Que ces fâcheux continuent de s'écharper, ce spectacle nous est plaisant. Mais l'essentiel reste la politique appliquée et il n'est pas sûr que ces péripéties empêchent le tandem Sarkozy/Fillon de continuer à mener sa sinistre œuvre.

7423657La grogne des députés de la majorité a certes permis à la gauche de rejeter la loi sur les OGM à l'Assemblée mais, retoquée par cette porte, elle est passée par la fenêtre de la Commission paritaire, réunissant seulement sept députés et sept sénateurs. Hop, le même texte reviendra, sans une virgule de changée ! Ce gouvernement ne craint ainsi pas de trahir le Grenelle de l'environnement - qui n'était bien qu'un barnum destiné à berner les gogos (allo Nicolas Hulot ?). Il impose jusqu'à sa propre majorité une loi d'une scandaleuse permissivité, au mépris de l'opinion des Français, très majoritairement opposés aux OGM. Comme il avait fait ratifier la copie conforme du TCE, pourtant rejeté par le référendum de 2005, cette fois avec la complicité des députés et sénateurs, une majorité de socialistes félons compris. Le pouvoir multiplie ainsi les bras d'honneur adressés au peuple, comme lorsque Sarkozy annonce qu'il tiendra compte du résultat des élections municipales et, après la débâcle qu'elles ont représenté pour la majorité, n'a pour seule réaction que de procéder à un mini-remaniement, faisant par exemple entrer au gouvernement une candidate écrabouillée dans sa ville de Toul, l'insupportable Nadine Morano. Jolie façon de tenir compte du résultat des élections ! Et pas question d'infléchir aucunement sa politique. Au contraire, ces Tartuffe ont osé conclure de leur défaite que les Français voulaient que les réformes aillent plus vite et plus loin ! Belle démocratie décidément que la Sarkozie.

Mise à jour : selon un sondage OpinionWay pour Le Figaro et LCI publié aujourd'hui, 67% des Français approuvent le rejet par l'Assemblée du projet de loi sur les OGM. Approuveront-ils que le gouvernement n'en tienne aucun compte pour persister à présenter le même texte ? Son examen, d'après Mediapart, se déroulerait de façon précipitée, dès le 20 mai à 16h, histoire de prendre l'opposition de cours...

Posté par Olivier Bonnet à 10:01 - Sarkoland - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 mai 2008

Protection des sources des journalistes : l'entourloupe de la loi Dati

170707_dati_assembleeLa loi Dati sur la protection des sources des journalistes, en discussion aujourd'hui même à l'Assemblée nationale, est censée garantir qu'un journaliste ne pourra être contraint de livrer l'identité de son informateur. Bravo ! Sauf que le texte prévoit des exceptions à la règle si vagues qu'il organise au contraire la violation du secret des sources ! Ce faisant, Calamity Dati l'hypocrite menace directement la liberté de l'information.

Article premier :  "Il ne peut  être porté atteinte (au principe du secret des sources) que lorsqu’un intérêt impérieux l’impose". Qu'est-ce donc que cet "intérêt impérieux"horeau? Par exemple un "crime grave". Le journaliste du Canard enchaîné, Louis-Marie Horeau, réagit en interrogeant son intervieweur de France Info : "Est-ce que vous pouvez me donner un exemple de crime pas grave ? (...) En réalité, tout cela est absolument ridicule, parce que quand est-ce que les journalistes ont besoin de la protection des sources ? C'est pas quand ils vont à la pêche à la grenouille ! Bien entendu, c'est dans les affaires graves. Donc on va les protéger très fermement, d'une façon extrêmement précise, mais quand on n'en a pas besoin. Et quand on en a besoin, on va nous dire "ah, ben on est dans les cas d'exceptions". S'il n'y a pas de protection des sources, les sources se tarissent, et donc il n'y a pas d'information. Je vais vous donner un exemple : lorsque plusieurs personnes ont décidé de donner au Canard enchaîné et à L'Express des documents qui prouvaient que des lots de sang contaminé avaient été distribués alors que les dirigeants du Centre de transfusion sanguine savaient qu'ils étaient contaminés, uniquement pour des raisons économiques, ces personnes-là, si elles avaient eu le moindre doute sur la protection de leur anonymat, il n'y aurait pas eu d'affaire du sang contaminé. Est-ce que c'est ça qu'on veut ? Est-ce qu'on veut que les citoyens restent ad vitam æternam dans l'ignorance de ce qui s'est passé ?" Poser la question revient à y répondre.

Mise à jour : le texte est passé (la gauche a voté contre) et la formule retenue pour permettre le viol du secret des sources est un "impératif prépondérant d'intérêt public", soit en cas de crime ou délit grave et si cela est absolument nécessaire à l'enquête. Autant dire que la protection annoncée est une coquille vide, celle-ci pouvant être levée de façon totalement arbitraire. Seule consolation : les manquements français à cette règle, pierre angulaire de la liberté de la presse, seront sanctionnés par la Cour européenne des droits de l'Homme, puisque le droit communautaire est supérieur à la loi nationale.

Posté par Olivier Bonnet à 15:51 - Médias & liberté d'informer - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

"Sarkozy, la grande manipulation" dans Politis

arton3643_ec37dMerci à Bernard Langlois, auteur dans son bloc-notes hebdomadaire du numéro 1001 de Politis  du texte suivant :

langlois

"L’ANNIVERSAIRE

Un an déjà, et surtout quatre ans encore au moins. Le sarkozysme est une calamité qui s’est abattue sur la France, dont la gauche tout entière – des Solferiniens aux trotskistes en passant par les cocos – porte l’entière responsabilité. Tant il était impensable qu’après douze ans de Chirac une opposition digne de ce nom puisse rater ce rendez-vous de la dernière présidentielle : elle l’a raté, et tant pis pour nous.

Pour nous consoler et nourrir nos résistances, trois bouquins parmi bien d’autres que je vous recommande de lire et d’offrir.

24783153– Mon premier est un travail de recension quasi exhaustif de cette année écoulée, recension assortie des commentaires avisés et sévères de l’auteur, le journaliste et blogueur de Plume de presse, dont je vous ai plusieurs fois vanté la pugnacité. Les amateurs, nombreux, d’Olivier Bonnet, qui attendaient l’ouvrage avec impatience, ne seront pas déçus : leur champion allie l’engagement de l’honnête homme révolté à une précision quasi notariale [Sarkozy, la grande manipulation, Les points sur les i, 173 p., 17,90 euros ]. Quatorze chapitres, un thème par chapitre et cette conclusion, qui est aussi la nôtre : « Au-delà des anecdotes et de l’arrivisme politique, apparaît crûment une entreprise méthodique de destruction sociale. »

1995043601– Mon deuxième ne le démentira pas, dont l’auteur, le médecin Christian Lehmann, fut un des plus courageux combattants contre la franchise médicale (combat perdu, mais dans un contexte politique aussi débilitant, qui peut espérer gagner quoi ? Ça ne doit pas empêcher de se battre !). L’auteur s’attache, lui, à démonter « la sarkolangue », décortiquant le discours du « fils caché de Margaret Thatcher et Silvio Berlusconi », mettant au jour avec brio ce qu’il appelle « la relation symbiotique » du candidat, puis du Président, avec Henri Guaino, « le Nègre de Narcisse » [Sarkolangue, Ramsay, 172 p., 14 euros].

9782020956314– Mon troisième fait aussi la belle part à ce « ventriloque » qui soufflait ses répliques à « la poupée » s’agitant sur la scène [Les Mots de Nicolas Sarkozy, Seuil, 174 p., 16 euros]. Sarkozy aurait-il gagné sans Guaino et son talent pour vampiriser les discours, les thèmes, les références de la gauche ? Analysant quelque 300 allocutions prononcées entre 2004 et 2007, les linguistes Louis-Jean Calvet et Jean Véronis donnent clairement à voir les différences abyssales entre les discours pensés et écrits par le « Pygmalion » (la plupart des discours qui ont marqué) et les pauvres envolées du candidat quand il est livré à lui-même… Trois essais qui valent condamnation sans appel du pauvre type qui s’agite au sommet de l’État, qui nous représente et nous fait honte à chaque occasion. Triste anniversaire."

Les exemplaires de La grande manipulation dédicacés destinés aux souscripteurs sont partis hier de la Poste, par la levée de 15h. Bientôt chez vous.

Posté par Olivier Bonnet à 08:19 - Message personnel - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Page suivante »